Comprendre la drépanocytose

Maroc, Mali, Sénégal... Comment l'Afrique affronte la drépanocytose

La drépanocytose transforme les globules rouges en une sorte de croissant (photo d'illustration) 

Méconnue dans plusieurs pays africains, la drépanocytose est pourtant la maladie génétique la plus fréquente sur le continent. Du Maroc au Cameroun en passant par le Mali et le Sénégal, voici comment l'Afrique fait face à cette grave maladie. 

Par Badr Kidiss
Créé le 09.09.20, modifié le 21.09.20

Le constat est simple : c'est la maladie génétique la plus fréquente en Afrique ! La drépanocytose, c’est aussi une maladie grave qui menace parfois la vie de ceux qui en sont atteints. Appelé aussi anémie falciforme, ce mal transforme les globules rouges en sortes de "croissants" qui "bouchent" les vaisseaux sanguins, en particulier dans les articulations. Résultat : des douleurs insupportables pour les malades...

Et le mal est répandu. Chaque année, la drépanocytose touche plus de 330.000 nouveaux-nés, dont les 2/3 en Afrique subsaharienne. Mais la répartition des cas est très inégale dans le continent. Au Nigéria, de loin le pays le plus peuplé de la sous-région, la prévalence de cette maladie génétique est selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS) "de l’ordre de 20 pour 1000 naissances". Cela signifie que, dans ce seul pays, quelque 150.000 enfants naissent chaque année drépanocytaires. 

Aucun pays n'est épargné

Au Sénégal, un pays 13 fois moins peuplé, on estime que l'anémie falciforme touche chaque année près de 1.700 enfants. Un peu plus loin, au Mali, cette maladie génétique du sang s'attaque, en moyenne, à "6.000 nouveaux-nés par an", nous confie le Pr Aldiouma Guindo, directeur général adjoint du Centre de Recherche et de Lutte contre la Drépanocytose (CRLD) de Bamako. Plus d'un Malien sur 10 est ainsi atteint par la drépanocytose. En Côte d'Ivoire, les autorités pensent que ce mal est encore plus présent avec au moins 14% de la population touchée, soit près de 3,5 millions de personnes !

L'Afrique centrale ne fait pas exception. Le Cameroun compte ainsi, à lui seul, deux millions de drépanocytaires. Plus à l'est, à Madagascar, au moins 9% de la population serait atteinte par la maladie génétique. Et si la plupart des revues scientifiques notent que la drépanocytose est une maladie dont le foyer principal est l'Afrique subsaharienne, il ne faut pas oublier que le Maghreb aussi est touché par cette pathologie. Rien qu'au Maroc, on estime que 15.000 enfants naissent drépanocytaires chaque année. 

Une maladie oubliée

Et pourtant... Que ce soit à Parakou, au nord du Bénin, ou à Casablanca, à l'ouest du Maroc, rares sont les personnes qui connaissent cette maladie génétique du sang. Même constat du côté des... médecins. Les spécialistes de la drépanocytose manquent cruellement en Afrique. "Dans les facultés marocaines de médecine, il y a à peine une heure de cours consacrée à la drépanocytose durant les six années d'études médicales", se désole le Pr. Mohamed Khattab, chef du service d’hématologie et d’oncologie pédiatrique au CHU Ibn Sina de Rabat. 

Si on ne sait pas encore guérir la drépanocytose, on peut prévenir ses complications. "La prise en charge passe par la gestion des infections à travers la vaccination, la gestion des crises douloureuses avec les médicaments appropriés et enfin, les transfusions", détaille le professeur Khattab. Si elles ne sont pas systématiques, ces transfusions sanguines peuvent s'imposer pour compenser des anémies aigües chez les drépanocytaires. 

Un accès difficile aux antidouleurs 

Toujours selon le professeur Khattab, "la problématique de cette maladie c’est la douleur. Les malades viennent toujours à l’hôpital avec des crises vaso-occlusives, des crises très douloureuses. Ils ont besoin d’un antalgique". Pourtant, ces médicaments contre la douleur ne sont pas forcément accessibles aux quatre coins du continent. Selon un rapport de l'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), "75% de la population mondiale n'a pas accès à un traitement approprié contre la douleur".

Et s'il y a bien une molécule, l’hydroxyurée, qui diminue les douleurs et les complications dus à la drépanocytose, tous les malades du continent ne peuvent s'acheter ce médicament. Pour que tous les drépanocytaires puissent disposer de ce traitement, l'association humanitaire Drep.Afrique estime qu'il faudrait "500 millions de dollars par an", soit 400 millions d'euros

Renforcer le dépistage

Il y a, malgré tout,  des raisons de positiver. L'espérance de vie des malades a progressé ces 30 dernières années. Pour avancer encore, les médecins sont unanimes : bien soigner, c'est d'abord dépister. "Pour une pathologie pour laquelle nous ne disposons pas de moyens de guérison, la stratégie la mieux adaptée est la détection précoce de la maladie. Cette détection est possible via le dépistage néonatal", confirme le professeur Guindo avant de déplorer que "le dépistage reste très difficile dans le contexte africain", faute "de moyens financiers et techniques". 

Toujours selon le professeur Guindo, "le dépistage généralisé ne peut se faire que s’il y a une loi qui l’encadre. Autrement dit, il faut une loi qui exige que tous les nouveaux-nés d’un pays soient dépistés et ce n’est pas le cas aujourd’hui". Or, dans la plupart des pays africains où la drépanocytose est un problème de santé publique majeur, il n’existe pas encore de programmes nationaux pour la combattre. Jusqu'à quand ? 

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