Santé publique

Mutilations génitales féminines : le Cameroun lutte toujours contre ce fléau

200 millions de filles sont concernées par l'excision (Crédit photo : Arnaud Ntchapda) 

La journée internationale de tolérance zéro pour les mutilations génitales féminines, célébrée le 6 février dernier, a été l’occasion pour l’organisation Promotion et Assistance de la Femme Africaine (PAFA) de faire le point sur la lutte contre l'excision au Cameroun.

Par Arnaud Ntchapda
Créé le 10.02.21, modifié le 10.02.21

Stop aux mutilations génitales subies par les femmes ! Les acteurs de la lutte contre l'excision au Cameroun se sont mobilisés à l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro pour les mutilations génitales féminines, le 6 février dernier. Une table ronde sur le thème des mutilations génitales a été organisée à Douala, à l'initiative de l'association Promotion et Assistance de la Femme Africaine (PAFA) dirigée le défenseur des droits des femmes Alexis Medi. L'excision, bien qu'interdite, continue de faire des milliers de victimes au Cameroun. 

Le ministère de la Promotion de la femme et de la famille y a dévoilé la stratégie de combat adoptée par le Cameroun. Le pays mise sur l’information du public et la formation des responsables religieux et traditionnels. "Au sein de ce plan d’action, nous avons des activités telles que la sensibilisation du grand public, parce qu’il faut démontrer les inconvénients de ces pratiques sur la jeune fille," explique Isabelle Lafortune Makota, représentante régionale du ministère. Des inconvénients tant physiques (douleurs, risques d'hémorragies et d'infection etc.) que psychologiques. Le gouvernement a également formé des comités locaux, composés de chefs traditionnels et les chefs religieux, "à l’instar du comité des imams et dignitaires musulmans, qui sont le relais du ministère sur le terrain pour combattre ce fléau". 

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Briser le silence

Au Cameroun, l’excision est pratiquée dans les régions de l’Extrême-Nord et du Sud-Ouest, ainsi que dans les grandes villes (Yaoundé, Douala), où ont migré les populations de ces territoires. Cependant, on n’en parle pas beaucoup dans les familles. Le phénomène reste caché. Il faut parfois que ce soit un voisin au courant de ce qui se passe qui parle, pour que l’on sache qu’une jeune fille a été excisée. C’est pourquoi les mouvements de lutte contre les mutilations génitales incitent les victimes à dénoncer elles-mêmes leurs bourreaux.

Ces pratiquent se poursuivent, malgré des lois mises en place pour dénoncer et traquer les auteurs de mutilations génitales féminines. Pour mieux lutter, le gouvernement et les associations ont décidé de travailler aussi auprès de celles qui pratiquent ces mutilations, en leur proposant une aide à la reconversion. Convaincues de changer de métier, de plus en plus d'exciseuses professionnelles participent à des cérémonies de  remises de couteaux, symbole de la fin de leur ancienne activité. "Il fallait trouver un palliatif, pour leur permettre de continuer à gagner leur vie“, justifie Isabelle Lafortune Makota.   

200 millions de victimes

L’excision est une ablation partielle ou totale du clitoris et des tissus adjacents, et/ou la suture de l’orifice vaginal des jeunes filles. L’OMS distingue 3 types de mutilations génitales féminines allant de l'ablation du seul capuchon clitoridien à la mutilation totale du clitoris, des petites et des grandes lèvres, voire à l'infibulation, c'est-à-dire la couture partielle ou totale de l'orifice vaginal. Cette pratique est souvent associée à un rite de pureté et de passage à l’âge adulte.

L'excision peut causer des blessures graves et potentiellement mortelles, des problèmes de santé et des douleurs tout au long de la vie, notamment lors des rapports sexuels. Des complications lors de la grossesse ou à l’accouchement peuvent également survenir et parfois s'avérer fatales.  Enfin, il y a des conséquences à long terme sur la santé mentale des victimes. On estime que chaque année, 3 millions de filles sont mutilées dans 31 pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Amérique Latine. Selon des chiffres de l’UNICEF datant de 2016, la Somalie (98%), la Guinée (97%) et Djibouti (93%) sont les pays où l’excision est la plus pratiquée. 200 millions de femmes et de filles dans le monde auraient subi une forme mutilation génitale.  

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