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Paludisme : l'artemisia, plante miracle ou faux ami ?

Pour certains, l'artemisia annua a des vertus contre la Covid-19 (photo d'illustration) Source : Shutterstock

Les principaux médicaments antipaludiques sont composés à base d'artémisinine, un principe actif dérivé de l'artemisia, une plante populaire de la pharmacopée africaine. Mais contrairement à certaines croyances, rien ne prouve que les remèdes naturels comme les tisanes et décoctions d'artemisia sont efficaces contre le paludisme. 

Par Alicia Mihami
Créé le 21.04.21, modifié le 23.04.21

C'est la star de la pharmacopée africaine ! L'Artemisia annua, ou armoise annuelle en français, est une plante connue depuis des millénaires. Elle est très utilisée dans la médecine traditionnelle en Afrique mais aussi en Chine. Mais depuis quelques années, elle connaît un regain de popularité, porté en partie par le retour en grâce des médecines alternatives et la perte de confiance dans l'industrie pharmaceutique. On a notamment beaucoup entendu parler de l'artemisia depuis le début de la pandémie : c’est l'ingrédient principal du Covid Organics, le "remède miracle" vanté par le président malgache Rajoelina. 

Mais l’artemisia n’a pas attendu le Covid pour être populaire. Actuellement, les traitements antipaludiques les plus couramment utilisés sont produits à partir d’un composé artémisinine pur, qui est extrait de la plante Artemisia annua. Par extension, sur le continent africain, la  plante est utilisée depuis des années pour prévenir et guérir le paludisme, à travers une multitude de produits dérivés de l'artemisia, des tisanes aux gélules en passant par les poudres.

Un marché impossible à contrôler ?

L’artemisia est une plante polémique. Certains sont convaincus que ses dérivés seraient efficaces pour lutter contre le paludisme, le coronavirus et bien d’autres maladies. Pourtant, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) met en garde contre le recours à ces remèdes dits "naturels". Car si le principe actif des traitements antipaludiques est bien fabriqué à partir d'Artemisia annua, il s'agit d'une forme particulièrement concentrée et surtout fabriquée en laboratoire. Or sous sa forme naturelle, l’artemisia est sujette à des modifications génétiques. La manière dont elle est cultivée et récoltée mais également l’environnement dans lequel elle pousse sont autant d’éléments qui peuvent altérer son efficacité. Il en va de même pour les différentes formes de traitements alternatifs.

Bref pour l’OMS, l'artemisia est une plante instable et il est pour le moment impossible de mettre en place le niveau de contrôle nécessaire pour assurer l'efficacité et la sûreté de tous ses produits dérivés. Mais sur le continent les opinions divergent. Pour Yap Boum II, épidémiologiste à Yaoundé pour Épicentre, la mission de recherche en épidémiologie de Médecins Sans Frontières, “aujourd’hui l’artémisia semble avoir des résultats prometteurs. Il faut plus de moyens pour étudier cette plante et savoir ce qui est vraiment efficace. La pandémie peut être l’occasion de renforcer la recherche autour de cette plante”.

Risque de résistance

Si l’OMS se dit favorable à la recherche sur l’artemisia, elle applique pour le moment le principe de précaution et déconseille tous les traitements alternatifs pour le paludisme. Pour l’OMS, même si certains remèdes "peuvent améliorer les symptômes”, leur concentration d'artémisinine n’est pas assez élevée pour assurer la destruction totale du parasite responsable du paludisme. Ces traitements entraîneraient donc "des taux de recrudescence élevés" et seraient susceptibles d’aggraver le problème de résistance aux antipaludiques. L'exposition du parasite responsable du paludisme à de faibles doses d’artémisinine pourrait faciliter l'émergence d'une résistance, avec des conséquences désastreuses. 

L'Imperial College de Londres estime que l'apparition d'une résistance à l'artémisinine pourrait entraîner 78 millions de cas et 116.000 décès supplémentaires sur une période de cinq ans. Pour éviter ce scénario catastrophe, les scientifiques travaillent à la mise au point de nouveaux traitements et notamment d’un vaccin. Mais en attendant l’arrivée de nouveaux médicaments, le meilleur moyen de se protéger, c’est de consulter votre médecin en cas de symptômes, particulièrement pour les enfants en bas âge et les femmes enceintes, particulièrement vulnérables face au paludisme.

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