Paludisme

En Afrique, la menace de la résistance aux antipaludiques se précise

Les larves de moustiques Anophèles prolifèrent dans les eaux stagnantes Source : iStock / Sinhyu

Une étude publiée dans The Lancet Infectious Diseases révèle les premiers signes d'une résistance du parasite responsable du paludisme aux traitements  à base d'artémisinine, les plus utilisé, sur le continent africain. Une mauvaise nouvelle pour la lutte contre cette maladie, qui continue de faire des ravages en Afrique. 

Par Alicia Mihami avec AFP
Créé le 15.04.21, modifié le 15.04.21

C'est une mauvaise nouvelle pour l'Afrique. Les craintes que le paludisme devienne résistant aux traitements en Afrique sont renforcées par la première étude montrant que les mutations du parasite responsable de la maladie, s'accompagnent d'une persistance après trois jours de traitement. Une mutation déjà observée en Asie du Sud-Est lorsque la résistance au principal médicament, l'artémisinine, a commencé à émerger.

L'efficacité des médicaments reste élevée jusqu'à présent, mais une surveillance accrue au Rwanda, où l'étude a été menée, et dans les pays voisins s'impose, avertissent les chercheurs. Les traitements à base d'artémisinine, combinée à un autre anti-paludéen et introduits au début des années 2000 sont actuellement les plus efficaces et les plus utilisés contre le paludisme, dû à un parasite (Plasmodium falciparum), transmis par les moustiques.

Des mutations qui se multiplient ?

La résistance à l'artémisinine a été identifiée pour la première fois au Cambodge en 2008. Dans la région du Mékong, une fois la résistance à l'artémisinine répandue, la résistance au médicament qui lui est associé a souvent suivi, entraînant l'échec du traitement combiné. Cette résistance aux médicaments est associée à des parasites porteurs de mutations d'un gène. Certaines mutations avaient déjà été décelées au Rwanda, mais à une plus faible fréquence que dans la nouvelle étude, et sans persistance démontrée du parasite chez les enfants traités par artémisinine. 

L'étude a porté sur 224 enfants de 6 mois à 5 ans infestés par le parasite, dans trois villes du Rwanda : ils ont été traités pendant trois jours par l'association thérapeutique la plus courante puis surveillés durant un mois avec des prélèvements sanguins hebdomadaires. Parmi les participants, environ 15% dans deux sites étudiés avaient encore des parasites détectables trois jours après le traitement. 

Un avertissement pour l'Afrique

"L'émergence d'une résistance partielle à l'artémisinine en Afrique est un signal d'avertissement indiquant que l'efficacité des traitements pourrait être compromise si une résistance au médicament qui lui est associé émerge", notent les chercheurs. "Des données récentes suggèrent que nous sommes au bord d'une résistance à l'artémisinine cliniquement significative en Afrique, comme cela s'est produit en Asie du Sud-Est il y a plus de dix ans", s'alarme le professeur Philip Rosenthal (Université de Californie, San Francisco), dans The Lancet.

Le paludisme a fait plus de 400.000 morts dans le monde en 2019, dont deux tiers d'enfants de moins de cinq ans. L'écrasante majorité des cas (94% des 229 millions dans le monde) et des décès surviennent en Afrique, selon l'OMS. En cas d'apparition d'une résistance aux traitements, le paludisme pourrait regagner du terrain sur le continent. L'Imperial College de Londres prédit jusqu'à 78 millions de cas et 116.000 décès supplémentaires sur une période de cinq ans.

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